ALDOSTÉRONE

ALDOSTÉRONE
ALDOSTÉRONE

Dès 1934, Wintersteiner démontrait que l’animal, privé de surrénales, pouvait être maintenu en vie à l’aide d’une fraction amorphe extraite de la partie corticale de ces glandes.

En 1953, Wettstein et Reichstein ont isolé, à partir de cette fraction, une substance hormonale comportant une fonction aldéhyde et ils lui ont donné le nom d’aldostérone. Wettstein en a réalisé la synthèse en 1955.

C’est un stéroïde qui contrôle l’équilibre hydrominéral en agissant sur la rétention du sodium, d’où son importance dans la régulation de la tension artérielle.

Métabolisme

Production

L’aldostérone est sécrétée exclusivement par la couche glomérulée de la corticosurrénale, à un taux faible: de 0,1 à 0,2 mg en 24 heures en présence d’un apport sodé normal.

La synthèse de l’hormone s’effectue à partir du cholestérol produit localement ou d’origine hépatique qui est transformé en prégnenolone puis en progestérone. Celle-ci donne l’aldostérone, grâce à quatre enzymes réparties dans toutes les cellules de la corticosurrénale, et à la 18-hydroxylase et la 18-oxydoréductase spécifiques de la zone glomérulée. Les précurseurs immédiats de l’aldostérone sont la désoxycorticostérone et la corticostérone.

Les méthodes de dilution isotopique ont montré que l’aldostérone circule à des concentrations très faibles de l’ordre de 0,1 猪g/l de plasma. Elle est en partie liée à des protéines, mais cette liaison est lâche, et il n’existe pas de support protéique spécifique. La demi-vie de l’aldostérone est courte, de l’ordre de 30 minutes, car sa diffusion et son métabolisme sont très rapides.

Il n’existe pas de phénomène de stockage pour l’aldostérone.

Catabolisme et élimination

L’aldostérone est presque entièrement métabolisée au cours de la traversée hépatique, comme l’indique sa concentration quasi nulle dans la veine sus-hépatique. L’inefficacité de l’aldostérone administrée par voie orale illustre sa métabolisation complète lors d’un seul passage hépatique.

La clearance métabolique de l’aldostérone, c’est-à-dire le volume plasmatique virtuel que le foie épure de l’hormone par unité de temps, est élevée: 1 500 litres de plasma par jour en moyenne. Elle est sensiblement égale au flux plasmatique hépatique, ce qui confirme le rôle essentiel du foie dans le catabolisme de l’hormone.

Le tissu hépatique réalise l’inactivation de l’hormone par des hydrogénations fournissant des dérivés tétrahydrogénés et hexahydrogénés qui sont secondairement conjugués à l’acide glucuronique.

Le tubule rénal réabsorbe très activement l’aldostérone libre, et plus faiblement les glucuronides des dérivés hydrogénés ou le 18-glucuronide d’aldostérone.

Dosage

Le dosage de l’aldostérone libre (0,5 p. 100 de la sécrétion) ou de ses dérivés dans l’urine s’effectue grâce à l’emploi de techniques chromatographiques, de dilution isotopique et d’une réaction colorée par l’acide chromotropique ou par les sels de tétrazolium. Dans le plasma, l’aldostérone est dosée par radio-immunologie: 75 + 38 猪g/l chez les sujets couchés, avec apport normal en sodium.

Effets biologiques

L’aldostérone, principal stéroïde à action minéralo-corticoïde, maintient à concentration quasi constante (homéostasie) le sodium et le potassium dans l’organisme. La rétention sodée et l’excrétion de K+ provoquées par l’hormone ne sont pas obligatoirement couplées; un phénomène d’échappement (arrêt de l’effet biologique après 3 à 5 jours d’administration d’aldostérone) est observé sur la réabsorption du sodium mais non sur l’excrétion du potassium. Elles ont lieu au niveau des canaux collecteurs des néphrons du cortex rénal. Hormone de la rétention sodée, l’aldostérone s’oppose à l’action natriurétique d’un facteur isolé des oreillettes du cœur (atriopeptine, formée de 28 acides aminés). Le mode d’action moléculaire de l’aldostérone est partiellement connu: l’hormone pénètre par diffusion dans ses cellules cibles et se fixe à un récepteur protéique, dans leur cytoplasme ou plus probablement dans leur noyau. De toute façon, le complexe hormone-récepteur est retrouvé dans le noyau, où il module la transcription génétique et permet la synthèse de plusieurs protéines constitutives du canal sodium sensible à l’amiloride, ce qui aboutit à stimuler la réabsorption du sodium. Les spirolactones sont des analogues structuraux de l’aldostérone capables de se fixer sur le récepteur de l’hormone et d’en inhiber la fixation ultérieure sur l’ADN du noyau. Ils s’opposent ainsi à l’action de l’aldostérone et sont utilisé comme antihypertenseurs en thérapeutique.

Régulation de la sécrétion

Le plus important stimulus de la synthèse et de la sécrétion de l’aldostérone est l’angiotensine II . Celle-ci est le produit de l’activation de la rénine. La rénine est une enzyme protéolytique (protéase acide de la famille de la chymotrypsine) synthétisée sous forme de préprorénine par les cellules de l’appareil juxta-glomérulaire (cellules particulières situées entre les artérioles afférentes et efférentes du glomérule rénal, en contact étroit avec certaines cellules de la partie contournée du tubule distal du néphron formant la macula densa ). La préprorénine libère son peptide signal et forme ainsi la prorénine, elle-même ensuite clivée en rénine active mature. Celle-ci scinde une protéine plasmatique (l’angiotensinogène ou hypertensinogène) synthétisée dans le foie par les hépatocytes et en libère un peptide de 10 acides aminés ou angiotensine I . Une enzyme appelée l’enzyme de conversion, située dans le plasma et surtout dans l’endothélium vasculaire (pulmonaire essentiellement), coupe l’angiotensine I en un octopeptide, l’angiotensine II. Ce dernier peptide est le plus puissant hypertenseur connu à ce jour: il possède par ailleurs la propriété de stimuler la synthèse de l’aldostérone, action partiellement partagée par l’angiotensine I, qui est par ailleurs dépourvue de toute activité pressive. Cette action des angiotensines s’effectuerait par la stimulation de la protéine kinase C, indépendante de l’AMP cyclique, par l’intermédiaire d’une hydrolyse de phospho-inositol bisphosphate (IP3) membranaire. Les angiotensines ont une demi-vie très courte (de l’ordre de la minute), car elles sont détruites par des enzymes largement distribuées dans les tissus: les angiotensinases. La sécrétion de la rénine qui déclenche cette cascade d’activation est provoquée par des pertes ou de simples déplacements du liquide extra-cellulaire provoquant une déplétion du contenu sanguin (hypovolémie) dans les artères rénales. À l’inverse, tout excès du volume extra-cellulaire à la suite d’apport salé excessif inhibe la sécrétion de rénine. Ces stimuli agissent sur plusieurs récepteurs dont les cellules de l’appareil juxta-glomérulaire perçoivent les signaux:

– barocepteurs localisés dans les artères afférentes des glomérules et sensibles au changement de volume et/ou de pression intra-artérielle;

– récepteurs de la macula densa percevant des changements de concentration en sodium ou chlore de l’urine du tube contourné distal, récepteurs 廓-adrénergiques, les cellules de l’appareil juxta-glomérulaire étant abondamment innervées. La sécrétion de rénine est inhibée par l’angiotensine II formée soit directement, soit par l’intermédiaire de ses effets périphériques et intrarénaux. Il existe donc une autorégulation intrarénale de la sécrétion de rénine due aux variations de la composition de l’urine au niveau de la macula densa .

Le système rénine-angiotensine-aldostérone peut être inhibé à différents niveaux: la sécrétion de rénine peut être inhibée par les -bloquants (utilisés en thérapeutique comme antihypertenseurs) et surtout par les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (également utilisés comme antihypertenseurs). L’effet de ces derniers produits est majoré par l’accumulation de peptides vasodilatateurs, les bradykinines , qui sont normalement détruits par l’enzyme de conversion.

Parmi les autres stimuli connus de la sécrétion de l’aldostérone:

– la régulation par le changement de clearance métabolique de l’hormone, provoqué par une variation du flux plasmatique hépatique telle que l’induit un changement postural, la station couchée (clinostatisme) provoquant une diminution de ce flux;

– l’ACTH, hormone hypophysaire qui a sur le cortex surrénalien une action stimulatrice s’épuisant en quelques jours;

– la concentration en potassium dans la zone glomérulaire, l’hyperkaliémie induisant une stimulation;

– la synthèse par l’hypophyse antérieure de l’aldostérone stimulating factor, glycoprotéine encore mal connue.

Le déficit de sécrétion de l’aldostérone est rarement lié à un déficit enzymatique en 18-hydroxylase ou 18-oxydoréductase mais, le plus souvent, il est dû à une insuffisance corticosurrénalienne globale (maladie d’Addison). À l’inverse, l’hypersécrétion d’aldostérone peut être liée soit exceptionnellement à des tumeurs sécrétantes (rénine) de l’appareil juxta-glomérulaire, soit, plus souvent, à une simple hyperplasie ou une tumeur (syndrome de Conn) sécrétante de la zone glomérulée de la corticosurrénale.

aldostérone [ aldosterɔn ] n. f.
• apr. 1953; de aldéhyde, stérol et suff. -one
Biochim. Hormone corticosurrénale qui maintient l'équilibre entre les électrolytes du sang et qui accélère la néoglucogenèse.

aldostérone nom féminin Hormone stéroïde sécrétée par la glande surrénale, jouant un rôle capital dans le maintien de l'équilibre sodium-potassium de l'organisme et dans la régulation de la tension artérielle.

aldostérone
n. f. BIOCHIM Hormone, sécrétée par les corticosurrénales, réglant la réabsorption de l'eau et du sodium et l'excrétion du potassium au niveau du rein.

aldostérone [aldosteʀɔn] n. f.
ÉTYM. Après 1953; de ald(éhyde), -o-, stér(o)-, et suff. -one.
Chim., biol. L'une des hormones sécrétées par la cortico-surrénale, qui exerce son action sur le métabolisme minéral (rétention du sodium et élimination du potassium).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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